Le Haze, principal polluant de l’air en Malaisie

Photo montrant la pollution de l'air à KL

Je ne pouvais pas ouvrir une nouvelle catégorie d’articles nommée « environnement » sans écrire un article sur la pollution de l’air en Malaisie, et en particulier sur le fameux « haze ». Ça aurait été comme écrire un article sur les plus beaux monuments de France sans vous parler des châteaux de la Loire 😊.


Voilà 5 jours... 5 jours que le ciel est bas, embrumé par un espèce de brouillard que même le soleil n'arrive pas à percer.

Comparaison Kuala Lumpur avec/sans Haze
Vue de Kuala Lumpur sans et avec Haze

La photo de gauche a été prise en Novembre 2018 alors que celle de droite ce matin (soit le 9 Aout 2019) en pleine période de "Haze". Mais c'est quoi le haze ? Réponse ci dessous 👇

Le Haze ou le titre du prochain film apocalyptique de Luc Besson

La première fois que j’ai entendu ce mot, j’ai demandé qu’on me le répète et surtout qu’on m’explique ce que ça signifie ! Le Haze est le brouillard qui résulte du feu qui brûle à ciel ouvert : des incendies qui ravagent la forêt tropicale et envoient d’énormes panaches de fumée. Si certains sont involontaires à cause du temps exceptionnellement sec, la plupart des incendies à ciel ouvert sont dus aux techniques de défrichage sur brûlis utilisées par les agriculteurs et les sociétés productrices d’huile de palme.

En effet, la production en masse de l’huile de palme demande des milliers d’hectares de terrain pour planter les palmiers. Des milliers d’hectares de forêts tropicales sont donc brulés pour ensuite servir à planter les palmiers.

La première fois ça m'a fait penser au brouillard persistant des Vosges pendant l'hiver ! 😂

Photo de la ville de KL victime d'un épisode de Haze
KUALA LUMPUR 27 SEPTEMBRE 2015. Air Pollution Index (API) à Kuala Lumpur de 172 (unhealthy) à 13h40. STR/ Hafiz Sohaim

C’est pas moi, c’est lui !!

Mais qui est responsable du « Haze » qui vient polluer notre air ? Lorsque l’on pose la question à un Malaisien c’est de la faute des Indonésiens et inversement 🙄. Et oui, vous l’aurez compris, ces deux pays utilisent ces techniques de déboisement ultra polluantes, responsables en grande partie de la pollution de l'air en Asie du Sud-Est.

La forêt d’Indonésie est la troisième forêt tropicale du monde, encore plus menacée que l'Amazonie et régulièrement ravagée par les flammes. Chiffre à peine croyable : Chaque minute, on déboise en Indonésie une surface équivalant à six terrains de football.

  • En Indonésie, l'expansion de palmiers à huile a contribué à la perte de 6 millions d'hectares de forêts entre 2000 et 2012.
  • En Malaisie, entre 1990 et 2005, les nouvelles plantations de palmiers à huile ont occupé 1,8 million d'hectares.

« Quand ils auront compris que l’argent ne se mange pas… »

Mais pourquoi brûler autant de forêt alors qu’à l’heure actuelle, la tendance est plutôt à la replantation d’arbres et à la sauvegarde de nos forêts ?

La réponse est toujours la même : raison économique, eh oui la culture de l’huile de palme est une véritable mine d’or ! « C’est le palmier qui a la plus grande rentabilité à l’hectare » selon la primatologue Emmanuelle Grundmann. Par ailleurs, « sa récolte n’est pas mécanisée donc c’est une main d’œuvre manuelle, qui coûte donc moins cher qu’une mécanisation ».

Un palmier à huile donne des fruits douze mois sur douze, deux fois par mois, et peut produire jusqu'à 25 à 35 ans. Vers 20 à 25 ans, les palmiers deviennent trop hauts et il est difficile de cueillir les noix de palme. Ils sont alors coupés, leur tronc est récupéré et la souche brûlé car moins cher que de l’arracher au bulldozer. 😒

La fumée ne s’arrête pas à la frontière ?

Si les émissions provenant des véhicules et des chaudières industrielles sont d'autres causes de la pollution de l'air, la combustion à l'air libre est de loin le principal facteur de la pollution atmosphérique.

Lorsque les forêts tropicales brulent, la fumée se dissipe avec la mousson du sud-ouest atteignant Singapour et la Malaisie. En période de mousson, les particules en suspension dans l'air sont « lavées » du ciel lorsqu'elles sont absorbées par l'humidité et la pluie. Mais sans pluie, elles restent flottantes et provoquent des pics de pollution pouvant amener à de graves conséquences.

Comment est calculé la pollution de l’air ?

La mesure de la qualité de l'air ambiant en Malaisie est décrite en termes d'indice de pollution atmosphérique (ou API en anglais). L'API est exprimé dans des plages de valeurs facilement compréhensibles comme moyen de rendre compte de la qualité de l'air.

Description des plages de l'API indice de pollution de l'air en Malaisie

Source: http://aqicn.org

Si l'API dépasse 500, un état d'urgence est déclaré dans la zone de rapport. Cela signifie généralement que les services gouvernementaux non essentiels sont suspendus et que tous les ports de la zone touchée sont fermés. Il peut également exister une interdiction des activités commerciales et industrielles du secteur privé dans la zone de déclaration, à l'exclusion du secteur de l'alimentation.

Pour vous donner une idée, la valeur API la plus élevée jamais enregistrée était de 1986 à Palangkaraya en Indonésie le 22 septembre 2015, lors du pic de cette même année en Asie du Sud-Est.

Les épisodes les plus graves

Toutes les deux ou trois années, la Malaisie connaît un épisode de Haze qui bloque toute activité. En 2005, un nuage de smog étouffant s'est emparé du pays pendant une semaine, forçant les autorités à déclarer l'état d'urgence.

Au cours des dernières années, la brume est devenue un phénomène annuel au cours des mois les plus secs. Comme le montre la carte ci-dessous, chaque dernière année un pic de pollution alarmant est mesuré dans le pays.

Graphique montrant l'historique des épisodes de Haze en Malaisie

Source : H.A.Z.E. : Help Action towards Zero Emission

La brume la plus récente de 2015 était la pire avec des niveaux de pollution de l'air malsains dans de nombreuses régions de Malaisie, entraînant la fermeture d'écoles et le développement de maladies, en particulier chez les personnes âgées et celles qui avaient des difficultés à respirer. Les aéroports de Kuching et Subang à Kuala Lumpur ont également dû stoppés temporairement les décollages et atterrissages en raison de la mauvaise visibilité causée par la brume.

La carte ci-dessous montre que l'état de Kuala Lumpur a atteint des niveaux de l'API alarmants lors du pic de 2015. Celui ci a été considéré comme le pire épisode à cause de sa longue durée de plus de 2 mois.

Carte de Malaisie montrant les pics de pollution API en 2015

Source : H.A.Z.E. : Help Action towards Zero Emission

Les conséquences du haze sur la santé (ou quand je me prends pour Julia Roberts dans Erin Brockovich 😆)

Il existe plusieurs rapports contradictoires qui laissent penser que nous n’avons pas d’idée précise sur la question.

En effet, la plupart des études de plus de quelques années indiquent simplement qu’une exposition à court terme (environ un à trois jours) à des niveaux « malsains » peut entraîner une irritation des yeux, du nez et de la gorge. La Malaisie, Singapour et l’Indonésie ont généralement affaire à de telles expositions à court terme, répétées plusieurs fois par an.

Enfant asiatique avec un masque

Cela semble sans danger, mais les résultats d’une étude de 2002 sur le trouble et la mortalité sont beaucoup plus inquiétants. Parmi les résultats, citons le fait que dans les zones touchées, le taux de mortalité un jour de forte pollution atmosphérique était 20% plus élevés qu’un jour normal. Il a également été déterminé que, après une journée de forte pollution atmosphérique à Kuala Lumpur, la mortalité non traumatique chez les 65 à 74 ans augmentait d’environ 70%.

Un rapport sur les épisodes de Haze et la qualité de l’air écrit par l’Academy des sciences de Malaisie (lien) rapporte que lors du pic de 1997, à Kuala Lumpur, les visites ambulatoires pour maladies respiratoires sont passées de 250 à 800 par jour.

Je me suis longtemps demandé pourquoi dans les magasins d’électroménagers, les appareils qui filtrent l’air s’achètent aussi bien qu’une machine à laver, j’ai maintenant la triste réponse…

Pour conclure

Si économiquement, la culture de l’huile de palme est une mine d’or (pour une poignée de personnes), les impacts sur la biodiversité et la santé publique sont une catastrophe. Je le savais avant de venir mais je ne l’avais jamais mesuré d’aussi près.

J’espère ne pas avoir été trop alarmante mais il est vrai que la qualité de l’air avant de venir nous installer en Malaisie n’était pas du tout une préoccupation. Aujourd’hui, les conséquences environnementales que nous devons subir quotidiennement me pèsent et finiront par avoir raison de moi 😉.

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